Travaux de rénovation: quels surcoûts à cause des pénuries de matériaux?

Il y a 1 mois 123

Les pénuries de matières premières faisant suite à la crise sanitaire et les envolées de prix qui en découlent, vous en avez forcément déjà entendu parler. On sait que la situation affecte fortement le marché du bois et du métal avec d’importantes répercussions sur les activités de la construction neuve, sur l’automobile ou sur l’électronique. Mais il faut bien réaliser que la situation commence à impacter toute la chaîne économique, notamment si vous envisagez d’effectuer des travaux de rénovation chez vous. Le site Hemea, plateforme internet d’architecture et de rénovation, qui accompagne ce type de travaux a chiffré pour des exemples très concrets (voir infographies ci-dessous) l’impact de ces pénuries sur votre facture finale, en commandant rigoureusement les mêmes produits et prestations.

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«Actuellement nous traitons près de 300 chantiers par mois et les surcoûts constatés vont de 5 à 15%, souligne Matthieu Burin, cofondateur d’Hemea. L’impact commence à se faire vraiment sensible.» Selon des données collectées par la société, les hausses depuis la crise sanitaire (mesurées entre janvier 2020 et juin 2021) vont de 15% pour la peinture à 40% pour les panneaux de toiture en passant par 20% pour le carrelage et 22% pour le plâtre. Et sur le dernier semestre, les prix s’envolent littéralement sur certains produits: +48% pour le bois brut, +51% pour le cuivrer, +57% pour l’acier, + 61% pour l’aluminium et même + 112 % pour le PVC! Sur les devis «classiques» présentés ci-dessous, la facture grimpe de 5,9% pour refaire sa petite salle de bain et 10% pour repeindre 50 m².

Ces stocks qui alimentent la pénurie

Mais comment en est-on arrivé là et y a-t-il un moyen de limiter les dégâts? «Il y a de multiples explications, précise Matthieu Burin. Il y a d’abord le prix des transports lointain qui ont triplé alors que 60 à 80% des produits viennent des États-Unis, d’Inde, de Chine ou d’Asie. Et puis, le stop-and-go est possible pour les politiques publiques mais dans l’industrie les usines ne repartent immédiatement à pleine capacité. Au coup par coup certaines matières se font plus rares face à la forte demande. Sur un produit aussi courant que la peinture, le blanc de titane qui est un composant essentiel est produit par trois usines dans le monde et son prix a triplé.» Et ce qui n’arrange pas la chose, c’est que face aux risques de pénurie, les plus grosses enseignes constituent de gros stocks, alimentant de la sorte elles-mêmes la pénurie.

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«Pour éviter les mauvaises surprises, il faut bien préparer son chantier et anticiper le financement pour éviter d’avoir à décaler, explique Matthieu Burin. Dans certains cas, on peut envisager des substitutions de matériaux. Par exemple pour un sol, vous pouviez avoir un parquet en bois massif pour le même prix qu’un carrelage. Si la hausse du bois se poursuit, certains clients pourront se poser la question et éventuellement se tourner vers le carrelage.» Pour le proche avenir, il semble clair que la situation restera compliquée au moins durant le 3e trimestre.

Des prix qui devraient se maintenir élevés

Et ensuite, allons nous revenir vers la normale, les pénuries n’ayant pas vocation à durer? «Je n’ai pas de boule de cristal, admet Matthieu Burin, mais à titre personnel, je pense qu’une série d’indicateurs nous montrent que les prix risquent de rester élevés. Il y a d’abord cette forte envie de soigner son intérieur, d’autant que l’on sait que nous continuerons à passer plus de temps chez nous qu’auparavant. Et cette envie pourra être financée par les réserves d’épargne constituées pendant le confinement. La main-d’œuvre, elle aussi, se fait de plus en plus rare et son prix pourrait augmenter. Quant aux matériaux, ils se maintiendront a minima au même prix et pourraient encore augmenter. Sans parler des risques de retour de l’inflation. La demande chez les petits artisans est forte et les industriels peuvent être tentés de leur vendre de plus grosses quantités puisqu’ils font de bien meilleures marges qu’avec la grande distribution.»

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