Retraite : les bonnes stratégies à adopter dix ans avant

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Publié le 6 oct. 2021 à 14:50

Le cap de la cinquantaine est un moment crucial en termes de retraite. Les organismes de retraite le savent bien qui rappellent cette échéance en envoyant automatiquement aux actifs une estimation indicative globale (EIG) à l'âge de 55 ans (puis tous les cinq ans jusqu'au départ en retraite). Ce document complète le relevé de situation individuelle en apportant, en plus d'une synthèse des droits acquis, une estimation du montant de chacune des retraites de l'assuré en fonction de son âge de départ.

Le choc est souvent rude car cette simulation fait apparaître une forte chute des revenus par rapport à la période d'activité. Même si certains professionnels jugent qu'il est trop tard pour se lancer dans de grands projets d'épargne, il est encore temps de limiter la casse.

Dresser un bilan patrimonial

La période des 50-55 ans peut d'abord être mise à profit pour faire le bilan de son patrimoine financier et immobilier, avec des arbitrages éventuels à la clé. « En immobilier, par exemple, explique Marion Chapel-Massot, fondatrice du cabinet DeCarion Gestion Privée, la perception de revenus locatifs fait penser aux bailleurs que leurs logements loués sont rentables, mais ce n'est pas toujours le cas ! Lorsque le crédit est terminé et que le bien vieillit - avec son corollaire, les travaux -, les charges (fiscalité comprise) peuvent excéder les rentrées d'argent. Des changements sont donc parfois indispensables : la vente ou le passage de location nue en location meublée. Judicieux : créer une SARL de famille qui va prendre un crédit pour acheter les actifs immobiliers. Le cash dégagé peut alors être réinvesti en SCPI, PER et assurance-vie… »

Une fois le bilan effectué, et si la capacité d'épargne est là, investir des liquidités dans les secteurs traditionnels de l'immobilier et de la finance s'avère judicieux. À dix ans de la retraite, le salaire est généralement le plus élevé de la carrière professionnelle (il y a des exceptions !) et les enfants ont souvent quitté le nid familial. Cela implique une fiscalité importante qui va influencer les choix à opérer. Autre point à prendre en compte à cette période charnière de la vie : l'optimisation de la transmission de son patrimoine, le cas échéant. Les deux domaines (retraite et héritage) ne peuvent être envisagés séparément.

«Untitled #0031» (2021), extrait de la série «Eha - portraits de ma mère», de Sirli Raitma. Cette série a démarré en 2015, quand la mère de la photographe a commencé à souffrir de dépression.

«Untitled #0031» (2021), extrait de la série «Eha - portraits de ma mère», de Sirli Raitma. Cette série a démarré en 2015, quand la mère de la photographe a commencé à souffrir de dépression.Sirli Raitma

Enfin, dans le domaine immobilier direct ou indirect (SCPI), l'usage du crédit est à privilégier pour son effet de levier, les seniors étant aujourd'hui tout à fait en position d'emprunter. Seul bémol : le coût de l'assurance qui grimpe. Mais cet inconvénient est contrebalancé par un triple avantage : l'assurance décès-invalidité représente un excellent système de prévoyance familiale, les intérêts d'emprunt du crédit sont déductibles du revenu imposable, et les taux des crédits immobiliers restent très bas cet automne, malgré le retour de l'inflation.

Investir dans la pierre

La pierre nécessite du temps pour se bonifier, on le sait ! En général, une détention de quinze à vingt ans est préconisée pour espérer un retour sur investissement intéressant. Toutefois, dans le cadre d'une recherche de revenus « retraite », l'idée n'est pas de vendre le bien au bout de la décennie, mais de le conserver pour ses revenus réguliers.

Un achat placé sous les dispositifs Pinel ou Denormandie, par exemple, peut s'envisager pour réduire la facture fiscale. Dans un cas comme dans l'autre, et sous conditions, le montant du bien est abaissé de 12, 18 ou 21 %, selon le nombre d'années de détention. « Un tel logement peut être loué à ses ascendants ou à ses descendants s'ils ne font pas partie du foyer fiscal, signale Patrick Chappey, cofondateur du site gererseul.com. Cela peut permettre de faire d'une pierre deux coups : on peut loger ses enfants démarrant dans la vie active, ou loger ses parents âgés - les logements neufs sont aux normes handicapées -, problématique parfois d'actualité pour les quinquagénaires. » À noter cependant que le dispositif Pinel va devenir fiscalement moins intéressant à partir de 2023.

L'atout fiscal du démembrement immobilier

Une solution intéressante pour réduire la fiscalité immobilière : la séparation de la nue-propriété et de l'usufruit, qu'utilisent de plus en plus d'épargnants, y compris dans le cadre d'achats de parts de SCPI. « Sur notre SCPI Vendôme Régions, 30 % des souscriptions se font en démembrement, confirme Faïz Hebbadj, président de Norma Capital. Le souscripteur achète des parts de SCPI en nue-propriété et ne paie - avec un horizon de dix ans - que 70 % de la valeur des parts. Pendant cette période, puisqu'il ne perçoit pas de revenus locatifs, il n'est pas fiscalisé. À terme, il retrouve la pleine propriété des parts et peut alors percevoir des revenus réguliers. »

Bon à savoir : « Le démembrement peut même s'effectuer au profit des enfants, ou encore des parents qui ont besoin de trésorerie pour financer les frais liés à la prise en charge de la dépendance », ajoute Philippe Lauzeral, directeur général délégué de Stellium.

Les professionnels de la gestion de patrimoine s'accordent toutefois à dire que la pierre « papier », achetée de façon indirecte via des parts de SCPI, est préférable. D'abord en raison d'un ticket d'entrée plus faible. Ensuite pour l'absence totale de gestion, et enfin, pour la diversification des actifs immobiliers détenus dans ces sociétés, réduisant les risques. De fait, les SCPI peuvent être investies en logements, mais aussi en bureaux, commerces, ou entrepôts logistiques.

Souscrire un PER

Créé en 2019, le Plan Epargne Retraite , qui remplace tous les anciens dispositifs dédiés à l'épargne retraite - Perp, Madelin, Perco et article 83 - et se décline sous trois formes - un PER individuel et deux PER d'entreprise - est un produit dont on ne peut pas sortir avant la cessation d'activité, sauf cas dérogatoires. Depuis la possibilité de sortie totale en capital et l'élargissement des cas de sorties anticipées - dont celui lié à l'achat de sa résidence principale - , il séduit de nombreux épargnants. Ceux-ci apprécient aussi la déduction des versements de l'impôt sur le revenu.

Fiscalement, pourtant, le PER est décrié par certains, l'accusant de « reprendre à la sortie l'avantage fiscal donné à l'entrée ». De fait, si les versements sont déductibles de l'impôt, les retraits sont fiscalisés. « Toutefois, dans de nombreux cas, tempère Philippe Lauzeral, directeur général délégué de Stellium, la fiscalité sera moindre à la sortie, en raison d'un taux marginal d'imposition (TMI) en baisse au moment de la cessation d'activité. Bien sûr, pour cela, il est important de ne pas sortir en capital l'année même de la prise de sa retraite (le TMI est encore trop élevé) et d'attendre un peu. Il est tout à fait possible de conserver son PER, pendant sa retraite, et de piloter ses rachats en fonction de ses besoins et de sa fiscalité. »

Le plus de l'épargne salariale

L'épargne salariale intéresse particulièrement grâce à l'éventuel abondement de l'entreprise qui vient augmenter les avoirs épargnés. De plus, sur le PER Collectif, il est possible d'y placer ses jours de Compte épargne temps (RTT, congés payés) afin qu'ils soient monétisés.

« À dix ans de la retraite, dans le cadre d'une gestion pilotée, l'épargnant a le choix entre un profil prudent, modéré ou dynamique, explique Catherine Pays-Lenique, directrice générale d'Epsens, spécialiste de l'épargne salariale. Selon le patrimoine global du salarié et son appétence au risque, il choisira le profil le plus adapté pour lui et une allocation d'actifs sera réalisée. En profil prudent, le plan ne comprend plus que 10 % à 15 % d'actions, alors que sur un profil dynamique, le plan comprend 60 % d'actions, car il y a encore de la plus-value à prendre sur les marchés actions. Son exposition au risque sera ensuite limitée au fur et à mesure pour ne comprendre que des actifs obligataires et monétaires puis uniquement monétaires, au terme des dix ans. Si l'épargnant souhaite maintenir une poche actions (parce qu'il conservera son plan au-delà de sa retraite, par exemple), il peut modifier sa date théorique de sortie. »

À noter que l'épargne accumulée sur les anciens plans peut être transférée sur les nouveaux PER, mais ce n'est pas toujours souhaitable. Le transfert a, certes, ses avantages (simplification de la gestion), mais il peut se révéler contre-productif. En effet, les tables de mortalité, les performances et la fiscalité des anciens produits sont parfois plus avantageuses ! À vérifier, donc, surtout que les frais de certains nouveaux PER semblent exagérés, a dénoncé, en juillet dernier, le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) : « Des produits supportent une accumulation de frais qui vont peser sur leur rendement ! » Se polarisant sur l'objectif retraite du PER, les épargnants ont tendance à oublier que c'est un produit financier classique… et que faire jouer la concurrence tout en négociant les frais est légitime.

«Untitled #54» (2020), extrait de la série «Eha - portraits de ma mère», de Sirli Raitma. «En dépit de ses problèmes de santé de ma mère, son merveilleux sens de l'humour est un ingrédient clé du succès de cette série», témoigne la photographe.

«Untitled #54» (2020), extrait de la série «Eha - portraits de ma mère», de Sirli Raitma. «En dépit de ses problèmes de santé de ma mère, son merveilleux sens de l'humour est un ingrédient clé du succès de cette série», témoigne la photographe.Sirli Raitma

Autre oubli important : les actifs détenus dans les PER (actions, obligations, monétaire) peuvent être boostés par une gestion plus dynamique que la « gestion pilotée ». Mise en place par défaut (comme dans le cadre de l'épargne salariale), celle-ci utilise un algorithme qui désensibilise les plans au risque, au fil du temps (moins d'actions à l'approche de la retraite). Le choix d'une gestion « conseillée » (accompagnement d'un professionnel) peut s'avérer plus productif avec la liberté de conserver la poche actions plus longtemps.

Favoriser l'assurance-vie et le PEA

En partant du principe qu'à l'âge de 50-55 ans, il est recommandé de combiner les stratégies retraite et transmission, détenir à la fois un PER individuel et un contrat d'assurance-vie (voire un contrat de capitalisation, qui permet de réaliser des donations) peut être une solution à favoriser. « Contrairement aux idées reçues, le PER individuel n'est pas clôturé au moment de la retraite, indique Christine Valence, ingénieure patrimoniale chez BNP Paribas Banque Privée. Le retraité peut le conserver et même continuer librement à l'alimenter pour financer, par exemple, une perte d'autonomie. Il peut également l'utiliser comme instrument de protection financière du conjoint survivant ou du partenaire pacsé, si ces derniers sont désignés comme bénéficiaires du contrat en cas de décès. Dans ce dernier cas, les capitaux leur seront transmis sans fiscalité. Le contrat d'assurance-vie peut également, de manière complémentaire, financer le train de vie à la retraite, tout en jouant un rôle essentiel en matière de transmission, par la rédaction d'une clause bénéficiaire adaptée. »

Et pour les dirigeants d'entreprise ?

« Après un bilan global, plusieurs solutions peuvent être préconisées aux chefs d'entreprise à dix ans de la retraite, indique Marie-Hélène Deboislorey, associée du cabinet d'expertise-comptable Fiteco. Ils peuvent changer le régime juridique de leur entreprise pour cotiser davantage (SAS, par exemple), accroître leur rémunération, ou encore mettre en place de l'épargne salariale qui sera bénéfique à leurs salariés, mais aussi à eux.

L'acquisition des locaux professionnels par le dirigeant est aussi une piste de réflexion pour lui permettre de percevoir des revenus locatifs, (même après la cession de l'entreprise), voire de percevoir un capital en cas de cession de cet immobilier au repreneur.

La stratégie de création de revenus supplémentaires à la retraite ne peut, à cet âge-là, être dissociée de la problématique transmission de l'outil de travail et succession. Une transmission familiale est-elle prévue ? Une vente à des tiers ? Selon son but, le dirigeant peut envisager un cumul emploi-retraite pour une transmission progressive, une place au conseil d'administration, etc. S'il pense donner l'entreprise à ses enfants, un mix est souvent préconisé : une partie donnée et une partie vendue afin de bénéficier d'un capital pour sa retraite. »

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