Présidentielle 2022: pourquoi les politiques parlent aussi peu de logement

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«Le logement est au cœur de nos vies. Il est aux marges de la politique.» Cette formule de Robin Rivaton, économiste et auteur d’une note intitulée «Le logement, la bombe sociale à venir» qui sera publiée sur le site du cercle de réflexion Fondapol dans les prochaines semaines, résume, à elle seule, la pauvreté du débat autour du premier poste de dépenses des Français. Les ménages consacrent un peu moins de 20% de leurs revenus au logement (contre 16% en 2000), selon l’Insee.

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Les rares fois où le logement a fait parler, durant ces 5 ans, au même titre qu’un sujet lié à la sécurité ou à l’immigration, c’est au travers de polémiques: les propriétaires qualifiés de «rentiers» par Emmanuel Macron, les immeubles insalubres qui se sont effondrés à Marseille, les maisons individuelles malmenées par la ministre du Logement ou encore les affaires de squats à répétition. Idem depuis le début de la campagne présidentielle, les annonces majeures, dignes d’une vraie politique du logement, ne sont pas légion. Emmanuel Macron a bien glissé, la semaine dernière, une éventuelle baisse des droits de succession pour les patrimoines modestes. Mais sera-t-elle effective s’il est réélu?

Valérie Pécresse, comme Xavier Bertrand, veut redorer le blason du droit de propriété, Éric Zemmour veut supprimer les quotas de HLM, Marine Le Pen, réserver les logements sociaux aux Français, Arnaud Montebourg propose que l’État rachète les logements vides. «Il y a une sorte de défaitisme à répondre vraiment au sujet du logement», a lâché Emmanuelle Wargon fin décembre sur Franceinfo. Car, comme le rappelle Robin Rivaton, «il n’y a pas de réponse facile, baguette magique ou pensée hétérodoxe à laquelle personne n’aurait pensé auparavant. La réponse est nécessairement complexe, technique, experte car chaque Français a un rapport différent au logement».

Pouvoir d’achat, fiscalité, écologie

À quand un grand débat sur le logement? «Le logement n’est pas assez clivant pour les principaux candidats et ne leur permet pas de glaner des points par rapport à leurs adversaires», glisse Romain Bendavid, directeur du pôle corporate et climat social chez IFOP. Le logement n’est certes pas aussi clivant que la sécurité ou l’immigration mais un objectif partagé par tous les Français: avoir un toit sous leur tête. «Le logement sera abordé durant la campagne soit au travers du pouvoir d’achat pour les prix de l’immobilier, de la fiscalité pour l’IFI ou de l’écologie pour la rénovation énergétique», affirme Frédéric Micheau, directeur général adjoint d’OpinionWay. Des thématiques plus marquantes que le logement aux yeux des Français. Car la classe politique n’est en réalité pas la seule fautive.

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Les Français eux-mêmes ne semblent pas en faire leur principale préoccupation et lui préfèrent le pouvoir d’achat lorsqu’on les interroge sur les questions qui les tracassent. Le logement arrive soit en bas de classement soit n’est même pas cité. «La machine immobilière tourne bien, nous allons sans doute battre un nouveau record de ventes en 2021 (autour de 1,2 million de transactions). Il n’y a pas de crise du logement qui n’a pas été au fait de l’actualité. Et on ne s’attend pas au grand soir idéologique», analyse Jean-Marc Torrollion, président de la Fédération nationale de l’immobilier. Pas de crise majeure certes mais la colère gronde. Elle se limite pour l’instant aux zones littorales touristiques où les habitants des grandes villes, notamment les Parisiens, sont accusés de faire flamber les prix.

Une crise sociale d’ici 2 ans

Mais elle pourrait aussi s’élargir aux villes moyennes. Longtemps délaissées, ces communes de «sous-préfectures» ont de plus en plus la cote depuis la crise sanitaire. Et du coup, la fièvre acheteuse qu’on a connue à Paris, s’est propagée en régions. L’an dernier, les prix ont grimpé de plus de 9% et si la demande ne se tarit pas - et vu les taux de crédit bas, elle n’a pas raison de faiblir -, l’envolée pourrait dépasser les 10% aux dires des notaires de France. Et ainsi obliger les futurs acquéreurs à s’excentrer pour trouver un logement abordable, les obligeant à augmenter sa consommation d’essence.

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Tiens, tiens...C’était déjà le carburant qui était à l’origine d’une certaine crise des gilets jaunes. Pour l’heure, les colères, contre l’envolée des prix de l’immobilier, se limitent aux cités balnéaires (Pays basque, Bretagne) - où les manifestations, qui ciblent les Parisiens et les agences immobilières, peuvent dégénérer - mais elles pourraient bien se propager aux autres villes moyennes. Ce qui fait dire à Robin Rivaton, qu’«une crise sociale a de fortes chances d’exploser d’ici 2 ans». «Le risque majeur, c’est l’explosion des inégalités patrimoniales. De plus en plus de multipropriétaires vont transmettre des millions d’euros à leurs enfants, quand de plus en plus de locataires, n’ayant pas les moyens de devenir propriétaires, ne transmettront rien», décrypte l’essayiste qui réclame une «politique de guerre pour freiner un paquebot qui est lancé».

Des solutions, l’économiste en voit deux: produire plus de logements neufs pour faire baisser les prix de l’immobilier et desserrer le crédit immobilier. Il en aurait bien une troisième: supprimer les droits de mutation (ou frais de notaires). Mais elle risque de «braquer les collectivités territoriales», déjà moyennement convaincues par le remboursement à l’euro près promis par le gouvernement pour la suppression de la taxe d’habitation. Mais au moins, on parlerait de logement.

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