Opinion | Réorganiser les territoires post-covid

Il y a 5 jours 20

Publié le 11 oct. 2021 à 18:07Mis à jour le 11 oct. 2021 à 18:08

Pendant des décennies, les populations ont été drainées vers les grandes villes ; un exode urbain accompagné par une hyper concentration des capitaux, des services publics, de l’activité économique et culturelle dans les grandes métropoles françaises. Plus de 40 % de la population française est concentrée dans une dizaine de grandes agglomérations (Insee) et 30 % de la richesse nationale est générée en région parisiennne.

Ces drainages se sont faits aux dépens non seulement de nos espaces ruraux, mais également de nos villes petites et moyennes entraînant peu à peu leur désertion et désertification, où l’investissement dans les infrastructures et l’immobilier disparaît peu à peu.

Pour autant, ces dynamiques ont continué d’être entretenues par les pouvoirs publics. Les précédentes tentatives de décentralisation comme les lois Deferre des années 1980 ou la récente fusion des régions étaient des efforts encore trop timorés pour bouleverser les logiques de concentration et centralisation que nous avons héritées de l’administration napoléonienne.

Nos villes petites et moyennes sont-elles alors vouées à la désertification ou à perdre leur identité en se voyant greffées aux grandes métropoles ? Les élections présidentielle et législatives à venir pourraient en décider autrement alors que la crise sanitaire a ouvert une fenêtre d’opportunité unique.

Résidences semi-principales

Les confinements successifs ont complètement bouleversé les modes de vies des citadins. Le télétravail, autrefois principalement et simplement considéré comme une solution résiduelle pour les personnes qui ne pouvaient pas se déplacer sur leur lieu de travail, a finalement su se normaliser et se pérenniser dans notre société, en témoignent les nombreuses offres d’emploi qui l’intègrent aujourd’hui.

La veille du confinement de novembre 2020 avait donné lieu à des records d’embouteillages autour des grandes villes. Des scènes d'exodes qui révélaient la réticence de nombreux citadins à rester isolés dans leurs appartements. Cette opportunité de matérialiser la conciliation de modes de vie auparavant considérés comme incompatibles, ou bien trop difficilement accessible a su perdurer après la fin du confinement, créant de nouveaux désirs chez les habitants de grandes villes et dessinant ainsi les prémices de la fin de l'hyper-concentration française.

Si les résidences secondaires d’hier deviennent aujourd’hui des résidences semi-principales, cette nouvelle tendance pourrait n’être qu’une phase de transition, alors que de plus en plus de particuliers nourrissent aujourd’hui des appétits différents pour leur cadre de vie. 

Hyper-centralisation et hyper-concentration

Si une cadre supérieure souhaite s’installer dans une villa en bord de mer plutôt que de rester dans un appartement parisien ou de s’installer dans une maison en proche banlieue, elle ne peut cependant pas renoncer aux services dont elle bénéficie à Paris : la proximité d’aéroports et de gares, la fibre, le réseau 5G, la proximité d’écoles et autres services publics...

L'hyper-centralisation et l’hyper-concentration des biens, services et investissements constituent aujourd’hui un réel frein à ces dynamiques de mobilité. Aucun gouvernement n’a réellement consenti les efforts nécessaires à une réelle décentralisation de la France qui accuse aujourd’hui un retard conséquent sur ses voisins européens comme l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, qui par leur histoire ont une organisation territoriale bien plus décentralisée et déconcentrée et dont les capitales ne sont pas les seules villes à dépasser le million d’habitants.

Entamer un réel processus de déconcentration des investissements pour revitaliser les villes petites et moyennes et accompagner ces dynamiques sera donc un enjeu clef pour les années post-covid en France. Autrement, les cerveaux français seront tentés de se tourner vers des pays en mesure de leur offrir le cadre de vie qu’ils désirent et d’y apporter leurs capitaux, comme Bruxelles, où les prix de l’immobilier sont aujourd’hui similaires à ceux de Lille ou Toulouse.

Selon l’éminent politologue John Kingdon, les réformes disruptives s’opèrent lors de la conjonction d’un enjeu politique, d’un événement catalyseur et d’une solution apportée par un entrepreneur politique ouvrant une fenêtre d’opportunité. Alors que la  première élection présidentielle post-covid approchent à grands pas, la fenêtre de la réorganisation territoriale française ne demande qu’à être grande ouverte par le candidat qui se positionnera comme un véritable réformateur.

Laurent Demeure est président de Coldwell Banker Europa.

Lire la Suite de l'Article