Le procès du champion de la colocation subie s’ouvre enfin

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Un même logement insalubre dans lequel plusieurs familles s’entassaient... Le procès d’un propriétaire, soupçonné d’avoir profité de la vulnérabilité de personnes modestes pour leur imposer des colocations dans l’une des plus grandes copropriétés d’Europe, se tient ce mardi à Évry. Dominique F., ingénieur dans une grande entreprise, doit comparaître devant le tribunal correctionnel pour avoir loué «à la découpe» certains de la quarantaine d’appartements qu’il possède à Grigny 2, un gigantesque ensemble de 5.000 logements où vivent 17.000 habitants, en Essonne, au sud de Paris.

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Plus gros bailleur privé de cette copropriété, le prévenu, dont les appartements ont été visés par des arrêtés préfectoraux de suroccupation, risque 10 ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende. Il est accusé d’avoir soumis des personnes vulnérables et mineures à des conditions d’hébergement indignes et d’en avoir tiré profit, d’avoir refusé de les reloger, et de les avoir menacées. Face à lui, une vingtaine de parties civiles parmi lesquelles l’Agence régionale de Santé Île-de-France, la mairie de Grigny, d’anciens et d’actuels locataires.

«Délinquants à col blanc»

Aminata* se souvient avec émotion de la «jungle» dans laquelle elle a vécu pendant 4 ans, avec ses deux filles âgées de 5 et 7 ans à l’époque. Elle raconte avoir loué à Dominique F. un salon vide pour 600 euros par mois. Dans ce F6 cohabitaient cinq foyers sans lien entre eux, dont cinq jeunes hommes dans la chambre contiguë à la pièce louée par Aminata, ce qui l’effrayait.

Le procès de Dominique F., renvoyé en janvier dernier en raison de l’état de santé de son avocat, est «emblématique» du fléau qui gangrène les poches de pauvreté en Essonne, selon une source proche du dossier. Sortie de terre dans les années 60, la copropriété de Grigny 2, désormais caractérisée par une forte concentration d’habitats dégradés, avait été conçue pour des cadres, séduits par «ses «grands appartements, avec vue sur les lacs, idéalement situés près de la gare», a expliqué cette même source.

Mais «l’immigration arrivant», ces propriétaires «sont partis et ont laissé la place à une population paupérisée». L’opportunité pour des «délinquants à col blanc», selon l’expression de Philippe Rio, maire PCF de Grigny, de faire fructifier illégalement les biens immobiliers acquis. À Grigny 2, le revenu fiscal moyen d’un ménage est inférieur à 9.000 euros par an, selon la mairie. Sur les 5.000 logements de cette copropriété, 1.320 logements vont être rachetés par l’État. Parmi eux, 920 seront détruits et 400 transformés en HLM.

* prénom modifié

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