La charge de la ministre du Logement contre la maison, prisée par les Français

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L’idéal des Français, c’est la maison individuelle, mais pas celui du gouvernement. Trois quarts d’entre eux la plébiscitent, selon une consultation que le ministère du Logement a menée. Si possible avec un jardin, une terrasse ou un balcon. Mais, seulement 55% des propriétaires (58% des Français) en possèdent une. Le rêve se confronte souvent à la dure réalité: les prix sont si chers que beaucoup de ménages ne peuvent pas s’offrir leur logement idéal.

Une aspiration renforcée par la crise du Covid. Les Français veulent faire de leur logement un cocon, quitte à ce que les villes s’étalent. Au grand dam du gouvernement qui soutient, au contraire, la densification des villes. Et la ministre du Logement, qui veut voir fleurir les logements collectifs, l’a fait savoir aux professionnels. Pour Emmanuelle Wargon, les maisons individuelles, «ce rêve construit pour les Français dans les années 70», «ce modèle d’urbanisation qui dépend de la voiture pour les relier», sont un «non-sens écologique, économique et social». «Le modèle du pavillon avec jardin n’est pas soutenable et nous mène à une impasse», a déclaré la ministre.

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La ministre du Logement possède une maison...

Cette déclaration n’est évidemment pas passée inaperçue auprès des professionnels de la construction qui déplorent une «stigmatisation persistante de l’habitat individuel, à contresens des aspirations des Français». «Laissez les Français tranquilles!, a réagi Damien Hereng, président de la Fédération française des constructeurs de maisons individuelles (FFC). Vouloir entasser les Français dans du logement collectif aux portes des métropoles fait peu de cas des envies de la majorité de nos concitoyens». «Quand 75% des Français plébiscitent la maison, il s’agit là d’une drôle de conception de l’habitat de demain et du bonheur des Français», s’étonne Grégory Monod, président du Pôle Habitat-FFB. «C’est un comble que la ministre veuille en finir avec les maisons, elle qui en possède une (de 150 m² à Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne, selon sa déclaration de patrimoine, NDLR)!», remarque un constructeur.

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La ministre assume cette opposition aux aspirations des Français. «Nous sommes face à une urgence climatique qui ne se négocie pas», martèle Emmanuelle Wargon qui pointe du doigt leurs «contradictions». Les Français veulent des maisons individuelles et en même temps plus d’espaces. La ministre assure qu’«il n’est pas question de renoncer à loger les Français mais de le faire autrement». En respectant un principe: l’intensité «heureuse». À savoir une «densité d’habitat qui crée des quartiers dynamiques, vivants et chaleureux».

Où est le choc d’offre?

Une densité d’habitat couplée à une sobriété foncière et des logements de qualité (environnementale, esthétique et d’usage). «Nous le faisons déjà», rétorquent les constructeurs de maisons. «L’habitat individuel a connu de nombreuses évolutions depuis plusieurs décennies, tant en matière de sobriété foncière, de densité et de qualité architecturale que de performance énergétique et environnementale, avec l’utilisation de matériaux biosourcés par exemple», affirme Grégory Monod. «Le gouvernement laisse aux ménages modestes, comme seul espoir, le logement social puisque l’accession en logement collectif est inaccessible financièrement», déplore Damien Hereng qui se dit «révolté».

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La FFC déplore une «charge frontale» de la part d’Emmanuelle Wargon. L’opposition du gouvernement aux maisons n’est pas nouvelle. Il y a deux ans, Julien Denormandie, ministre du Logement à l’époque, avait assumé son «choix politique» d’avoir découragé la construction de logements individuels au profit de la relance des centres-villes, en déclin. Un choix contradictoire avec le fameux choc d’offre promis par Emmanuel Macron il y a 4 ans, pour faire baisser les prix de l’immobilier. Et qu’on attend toujours.

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