Économie Chine

Tribune

François Chimits

Economiste

L’économiste François Chimits revient, dans une tribune au « Monde », sur la déroute financière d’Evergrande et éclaire la signification des difficultés du promoteur au regard du modèle de développement chinois et des dynamiques politiques au sein du Parti communiste.

Publié aujourd’hui à 05h45 Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Tribune. Les déboires financiers du deuxième plus grand promoteur immobilier chinois Evergrande ont ravivé les interrogations sur la soutenabilité de la croissance chinoise. Alors que le « Parti-Etat » communiste s’évertue à se donner les moyens de tout contrôler, et à douze mois d’un Congrès qui doit maintenir Xi Jinping au pouvoir au-delà des deux mandats habituels, la matérialisation de ce risque connu ne peut être réduite à sa seule dimension financière.

Evergrande est le symbole des limites d’un modèle économique dont Pékin veut s’extraire.

En 2008, pour faire face à la chute des exportations et des investissements étrangers, moteurs de la croissance d’alors, les autorités chinoises ont ouvert les vannes du crédit. L’urgence de la situation et les liens étroits au niveau local entre autorités politiques, institutions financières et sociétés immobilières ont orienté cette manne vers le secteur de la construction, rapidement mobilisable et gourmand en main-d’œuvre.

29 % du PIB

Il s’est ensuivi une décennie de croissance impressionnante, dans un certain laisser-faire financier. L’importante dynamique du crédit, associée à des opportunités d’investissement limitées pour les ménages, a garanti une hausse continue des prix immobiliers, renforçant l’appétit des investisseurs. Ce faisant, l’immobilier dans son ensemble est actuellement responsable de 29 % du produit intérieur brut (PIB) en Chine, contre 27 % en Espagne, et 20 % aux Etats-Unis en 2007.

Les efforts successifs des autorités centrales pour tempérer ce dynamisme n’ont abouti au mieux qu’à stabiliser le phénomène. La priorité absolue longtemps accordée à la croissance et à l’emploi, couplée aux réticences d’acteurs locaux plus ou moins légitimement intéressés au maintien du statu quo, expliquent ces échecs successifs.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Evergrande, le géant immobilier au bord de la faillite, fait trembler l’économie de la Chine

Cet environnement a permis à un petit promoteur immobilier de la province du Guangdong de passer de 3 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros) d’actifs en 2007 à environ 375 milliards aujourd’hui. Dans le même temps, sa dette a explosé pour atteindre un passif équivalent à 2 % du PIB chinois.

Coutumier « d’innovations » financières destinées à contourner les réglementations, le passif d’Evergrande consolidé pourrait s’élever à 3 % du PIB (310 milliards de dollars). En 2017 déjà, les régulateurs avaient fini par bannir des marchés la direction de sa branche assurance. L’affaire en était restée là, en dépit de sorties inhabituellement véhémentes des régulateurs.

Spéculation et népotisme

Il vous reste 59.69% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

Découvrir les offres multicomptes

Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

Comment ne plus voir ce message ?

En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

Y a-t-il d’autres limites ?

Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

Vous ignorez qui est l’autre personne ?

Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.